NewAstv, plus qu'un médium, un compagnon
New AsTV: Une bonne communication grâce au professionnalisme d'une équipe
New AsTV: Vous y êtes, ne naviguez plus
New AsTV pour mieux communiquer en diplomatie
New AsTV: Savourez votre plaisir à communiquer
New AsTV: Ne vous en laissez pas compter
New AsTV: Vous êtes au cœur de l'événement
New AsTV, et la coopération bilatérale devient facteur de développement des peuples
New AsTV: Notre concept, la communication en partage
New AsTV: Partenaire au développement culturel africain

« En Ethiopie, la question des “nationalités” est devenue explosive »


« En Ethiopie, la question des “nationalités” est devenue explosive »
Des Oromo protestent contre le gouvernement éthiopien pendant le festival Irreecha, à Bishoftu, le 1er octobre 2017. | PHOTO: ZACHARIAS ABUBEKER / AFP
Spécialiste de la Corne de l’Afrique, René Lefort décrypte les enjeux de pouvoir qui sous-tendent les conflits entre Oromo, Somali, Amhara et Tigréens.
 
En Ethiopie, fédération de neuf régions ethniques, un mécanisme redoutable est enclenché. Son détonateur se trouve en région Somali, dans l’est du pays, où les autorités locales se sont senties assez fortes pour lancer des raids armés dans la région voisine d’Oromia, la plus peuplée du pays, profitant d’une délimitation incertaine de la frontière, tandis que les Oromo vivant en région Somali subissent un nettoyage ethnique.
 
Œil pour œil, dent pour dent : à leur tour, des Oromo s’en prennent à leurs voisins somali installés en Oromia. On compte des centaines de morts et près de 700 000 déplacés dans la seule Oromia – soit la plus grande vague de migration forcée depuis des décennies. D’aucuns craignent que cette zone frontalière ne soit au bord d’une guerre civile.
Par ailleurs, des milliers de Tigréens ont été chassés de la zone de Gondar, en région Amhara, dans le nord-ouest. Récemment, une sorte de couvre-feu a été imposé à des universités après des meurtres d’étudiants fondés sur l’appartenance ethnique. Ils ont rejoint en masse leur région d’origine.
 
 
Le gouvernement a fini par reconnaître des actes de « génocide » – cependant le mot est galvaudé en Ethiopie –, mais il est inerte et totalement discrédité, à commencer par son premier ministre, Hailemariam Dessalegn, qui, malgré ses multiples promesses de rétablir l’ordre, a admis que « l’appareil sécuritaire est incapable d’accomplir son devoir constitutionnel ». Des affrontements armés ont opposé des forces fédérales à la police régionale oromo.
 
Elites des hautes terres
 
La population se demande si un gouvernement dirige encore le pays, notamment via ses forces de l’ordre, même si ce vide est masqué par la continuité de l’action de l’État, le plus ancien et l’un des plus efficaces d’Afrique. Le Parlement ne s’est jamais réuni pour débattre de la crise. Et le parti au pouvoir – un parti quasi unique – a avoué son impuissance en rappelant dans ses instances de direction sa « vieille garde », officiellement écartée depuis des années.
 
Depuis l’écrasement de la junte militaire, en 1991, le système de pouvoir s’était personnalisé, au point de devenir une pyramide reposant sur sa pointe, l’omnipotent Meles Zenawi, originaire du Tigré. Avec sa disparition subite, en 2012, cette pyramide s’est effondrée, plongeant dans une crise aiguë sa strate supérieure, le Front populaire de libération du Tigré (FPLT).
 
 
Contenue dans la main de fer de Zenawi, la « question des nationalités » a surgi au premier plan. Elle opposait historiquement les élites des hautes terres de l’Abyssinie, amhara et/ou tigréenne, à la mosaïque de « nations, nationalités et peuples » jugés périphériques, dont les Oromo, qui représentent plus du tiers de la population (contre 6 % pour les Tigréens et un peu plus du quart pour les Amhara).
 
Le FPLT avait pris en 1991 les leviers de commande, puisqu’il avait été le principal artisan de la défaite de la junte. Mais les Tigréens affirment qu’aujourd’hui la « question des nationalités » serait résolue, non seulement de jure grâce au système fédéral qu’ils ont fait adopter, mais aussi de facto avec une forte autonomie régionale exercée par des dirigeants autochtones.
 
Dix mois d’état d’urgence
 
Cependant, les Oromo se considèrent toujours comme des citoyens de seconde zone. Ils accusent l’élite tigréenne de continuer de dominer en particulier l’armée et les services de sécurité ainsi que l’immense secteur économique public et parapublic, d’avoir déployé partout une hiérarchie omniprésente, occulte mais de facto décisionnelle, et, très concrètement, d’être derrière les expulsions massives de terre pour faire place aux investisseurs.
D’où, à partir de 2015, la plus grande vague de manifestations depuis 1991, durement réprimée : au moins un millier de morts et des dizaines de milliers d’arrestations. Dix mois d’état d’urgence ne l’ont pas calmée.
 
 
L’Organisation populaire démocratique oromo (OPDO), l’un des quatre partis qui constituent la coalition au pouvoir avec le FPLT, le Mouvement démocratique national amhara (MDNA) et le Mouvement démocratique des peuples du sud de l’Éthiopie (MDPSE), a tiré parti de l’affaiblissement du pouvoir central, corrélé à celui du FPLT, et de la force inédite de contestation populaire, pour conquérir son autonomie. Après trente années dans l’orbite du FPLT, l’OPDO a pu, pour la première fois, choisir librement sa nouvelle équipe dirigeante. En endossant publiquement les principaux griefs de la rue, elle a gagné une popularité sans précédent.
À rebours de toute l’histoire contemporaine, quand l’élite amhara incarnait le « colonisateur » aux yeux des Oromo, le MDNA a fait largement front commun avec l’OPDO pour, lui aussi, s’émanciper de la « domination tigréenne ». Les deux partis, qui représentent ensemble la majorité de la population, appartiennent toujours à la coalition au pouvoir tout en étant à couteaux tirés avec sa composante tigréenne.
 
Un modèle à bout de souffle
 
Le FPLT mesure le danger. Son comité central vient de siéger trente-cinq jours pour convenir que les coupables de sa crise ne sont pas à chercher dans la politique mise en œuvre mais parmi la seule équipe dirigeante… dont la moitié a pourtant été reconduite, y compris l’ex-numéro deux, promu numéro un. Les deux piliers du régime, la « démocratie révolutionnaire » et « l’Etat développementaliste », restent intouchables. Or ils sont incompatibles avec un authentique fédéralisme.
La « démocratie révolutionnaire » fonctionne selon la règle du centralisme démocratique. Or, dans une société fondée sur le respect de la hiérarchie, le centralisme écrase la démocratie. Quant à l’« Etat développementaliste », il s’agit pour Addis-Abeba de centraliser l’essentiel des ressources et de décider de leur affectation. Ce modèle est à bout de souffle, notamment pour réduire le chômage des jeunes, même diplômés.
 
 
Surtout, le FPLT nie toute « domination tigréenne ». Ses promoteurs ne seraient que des « nationalistes bornés » (les autonomistes oromo), des « chauvinistes » (les Amhara rêvant de réinstaller leur hégémonie), tous téléguidés par des « forces étrangères », Egypte et Erythrée en tête, et, depuis peu, des « néo-libéraux » visant à mettre fin au rôle prépondérant de l’Etat dans l’économie. Leur but : semer le « chaos » pour « démembrer » l’Ethiopie.
À demi-mot, la riposte immédiate du FPLT est donc d’abord sécuritaire. Mais les sites Internet qui lui sont proches sont explicites : il faut engager l’épreuve de force en rétablissant l’état d’urgence, et donc redonner à l’armée et à la police fédérale un rôle central.
 
Bastion de stabilité
 
L’OPDO et le MDNA s’y opposent catégoriquement. Ils sont convaincus que le FPLT reprendrait complètement la main puisque les Tigréens sont surreprésentés dans le commandement des hommes en uniformes. Ils sont persuadés que certains d’entre eux attisent les conflits en Oromia pour précipiter l’épreuve de force, notamment en lâchant la bride au pouvoir somali. Leur revendication immédiate est donc leur retrait et un rééquilibrage ethnique de ce commandement. Leur objectif final est l’application stricte de la Constitution, avec un authentique fédéralisme et un régime réellement parlementaire. Les Oromo visent ainsi une position jamais atteinte : le centre du pouvoir, qu’ils justifient par leur nombre et les ressources de leur région.
 
 
Les semaines prochaines s’annoncent cruciales, mais les positions paraissent dramatiquement éloignées. Trouver un compromis qui serait réellement opérationnel relèvera de la gageure, puisqu’il devrait être accepté à la fois par les bouillants militants oromo et amhara et par les jusqu’au-boutistes du statu quo ante. Qui plus est, la paranoïa fait rage dans les milieux les plus engagés, chacun finissant par se convaincre que rien moins que la survie de sa communauté serait en cause. Toutefois, pour le moment, même les contestataires les plus radicaux rejettent catégoriquement la lutte armée.
 
L’enjeu va au-delà de l’Ethiopie et de ses 100 millions d’habitants, dont le quart dépendent encore de l’aide alimentaire. Meles Zenawi répétait que si le pays s’embrasait, le scénario somalien serait « un pique-nique » en comparaison. L’Ethiopie apparaissait comme un bastion de stabilité au cœur d’une Corne de l’Afrique tourmentée. Un premier arc de crise, y compris djihadiste, court de la Mauritanie à la frontière occidentale de l’Ethiopie avec le Soudan du Sud ; un deuxième de sa frontière orientale avec la Somalie jusqu’à l’Afghanistan. Seule sa stabilité, durable, empêchera qu’ils ne fassent leur jonction.
 

 Commentaires

LIRE AUSSI...

Bouteflika et Bongo : ces présidents absents qui interrogent la question de la vacance du pouvoir

Bouteflika et Bongo : ces présidents absents qui interrogent la question de la vacance du pouvoir
Jeu 17 Jan 2019 | Source : http://afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

À partir de quand un président absent pour raisons médicales est-il vraiment empêché ? Quid de la vacance qui déclenche une procédure prévue dans les constitutions ? Les cas de l'Algérie et du Gabon en illustrent l'approche sur... Lire la suite >

Gbagbo acquitté, et après?

Gbagbo acquitté, et après?
Jeu 17 Jan 2019 | Source : lexpress.fr ... | dans Autres Actus

La Cour pénale internationale a ordonné la libération de l'ex-président ivoirien. Victoire pour les siens et pour l'impunité.   Coup de tonnerre dans un ciel pas vraiment serein. Ni demi-mesure, ni cote mal taillée : ce mardi matin, les... Lire la suite >

En contestant les résultats de la présidentielle en RDC, « Jean-Yves Le Drian a été maladroit »

En contestant les résultats de la présidentielle en RDC, « Jean-Yves Le Drian a été maladroit »
Sam 12 Jan 2019 | Source : lemonde.fr ... | dans Diplomatie

Pour notre journaliste Joan Tilouine, le chef de la diplomatie française « va à contresens de l’histoire et de l’évolution du continent africain ».     Notre journaliste Joan Tilouine a répondu aux questions des internautes... Lire la suite >

Côte d'Ivoire: l'ex-président Bédié pourrait se présenter

Côte d'Ivoire: l'ex-président Bédié pourrait se présenter
Sam 12 Jan 2019 | Source : slateafrique.com ... | dans Politique

L'ancien président ivoirien Henri Konan Bédié n'écarte pas l'idée de se présenter à l'élection présidentielle de 2020, éventuellement allié avec l'ancien chef rebelle Guillaume Soro ou avec le parti de... Lire la suite >

Elections en RDC : le pays retient son souffle, les yeux tournés vers l’Eglise

Elections en RDC : le pays retient son souffle, les yeux tournés vers l’Eglise
Lun 07 Jan 2019 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

Dans l’attente des résultats, la Conférence épiscopale du Congo a annoncé connaître le nom du vainqueur de la présidentielle.   e Kempinski est l’un des plus beaux hôtels de Kinshasa. Entre la terrasse du bar et le fleuve Congo,... Lire la suite >

Consulat bloqué à Paris pour faire libérer des prisonniers enfermés au Mali

Consulat bloqué à Paris pour faire libérer des prisonniers enfermés au Mali
Lun 07 Jan 2019 | Source : lemonde.fr ... | dans Diplomatie

Après 14 jours de fermeture, le consulat malien a rouvert ce vendredi malgré la colère d’une partie de la communauté malienne de France après des emprisonnements au Mali.   Il est 10 heures vendredi 4 janvier. Après deux semaines de blocage,... Lire la suite >

Élections en RDC : un fauteuil pour deux

Élections en RDC : un fauteuil pour deux
Ven 04 Jan 2019 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

Candidat désigné par Joseph Kabila, Emmanuel Shadary pourrait devenir le futur président de la République démocratique du Congo. En attendant le retour de son mentor ?   Retardées pendant deux ans, prévues le 23 décembre 2018, et... Lire la suite >

Sénégal: l'ex-maire de Dakar voit la présidentielle s'éloigner mais ne renonce pas

Sénégal: l'ex-maire de Dakar voit la présidentielle s'éloigner mais ne renonce pas
Ven 04 Jan 2019 | Source : slateafrique.com ... | dans Politique

L'opposant sénégalais et ex-maire de Dakar Khalifa Sall a vu jeudi ses chances de participer à l'élection présidentielle fortement réduites avec le rejet de son pourvoi en cassation contre sa condamnation pour escroquerie, mais ses partisans assurent... Lire la suite >

Entre faux djihadistes et faux dozos, les civils piégés dans le centre du Mali

Entre faux djihadistes et faux dozos, les civils piégés dans le centre du Mali
Jeu 03 Jan 2019 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

Les amalgames associant Peuls et terroristes d’un côté, chasseurs traditionnels et miliciens de l’autre, créent une dangereuse polarisation autour des identités locales.   Dans le centre du centre du Mali, le terme « djihadiste » est... Lire la suite >

L’impact du trafic de drogue dans le conflit du Nord-Mali

L’impact du trafic de drogue dans le conflit du Nord-Mali
Jeu 03 Jan 2019 | Source : RFI ... | dans Société

Dans le nord Mali, la plupart des groupes armés dépendent aujourd’hui financièrement et logistiquement du narcotrafic. Le trafic de drogue y est en plein essor et crée des rivalités et des affrontements entre les forces en présence, ce qui engendre ... Lire la suite >

Élections en RD Congo : un si long chemin

Élections en RD Congo : un si long chemin
Lun 31 Déc 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

REPORTAGE. Alors que le président Kabila a voté très tôt ce 30 décembre, l'atmosphère était loin d'être sereine à la veille de ce scrutin capital. Retour sur les événements et constats majeurs notés ici et là.   Après... Lire la suite >

Au Mali, l’influence du président du Haut Conseil islamique dépasse le cadre des mosquées

Au Mali, l’influence du président du Haut Conseil islamique dépasse le cadre des mosquées
Lun 31 Déc 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Société

Mahmoud Dicko vient d’obtenir la suspension d’un projet éducatif qu’il accusait de valoriser l’homosexualité.   Pour lui, l’un ne va jamais sans l’autre. L’islam et le Mali, la religion et la politique. Depuis plus de dix ans qu’il... Lire la suite >

La RDC se prépare à voter dans un climat tendu

La RDC se prépare à voter dans un climat tendu
Sam 29 Déc 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Politique

Report des scrutins dans plusieurs régions, contestation de l’opposition, refus d’observateurs occidentaux : la tension monte à l’approche des élections censées se tenir dimanche.   Le silence est un art dans lequel excelle Joseph Kabila.... Lire la suite >

Gabon: résultat des législatives proclamés, le gouvernement cesse ses fonctions

Gabon: résultat des législatives proclamés, le gouvernement cesse ses fonctions
Sam 29 Déc 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

La Cour constitutionnelle du Gabon a proclamé les résultats des législatives d'octobre dans la nuit de jeudi à vendredi, entraînant la fin des fonctions du gouvernement d'un pays dont le président, Ali Bongo Ondimba, est absent depuis plus de deux ... Lire la suite >

RDC : les Églises font bloc contre le report des élections

RDC : les Églises font bloc contre le report des élections
Ven 28 Déc 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

DÉCRYPTAGE. Église catholique et Église luthérienne ont choisi de cheminer ensemble pour la tenue d'élections libres, transparentes, crédibles et apaisées après celles chaotiques de 2011.   Le samedi 29 décembre 2018,... Lire la suite >

Mali: en descendant le fleuve Niger, vers les sources de la violence

Mali: en descendant le fleuve Niger, vers les sources de la violence
Ven 28 Déc 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Autres Actus

Au Mali, rejoindre Tombouctou en bateau permet d'éviter les mauvaises rencontres d'un trajet par la route. Mais les riverains du fleuve Niger, exposés eux aussi à la menace des bandits ou des jihadistes, dénoncent des conditions de vie précaires.   A... Lire la suite >

Vidéo à ne pas rater

Côte d'Ivoire: Réjouissances populaires
Mar 29 Mai 2018 | dans: Culture d'ici et d'ailleurs

Nos Partenaires

NOUS SUIVRE

Qui Sommes-Nous?

New AsTV Le développement par la coopération   Servir de canal numérique au développement de l'Afrique par la coopération. Telle est la vision de New AsTV. De fait, nous nous sommes laissés guider par les relations que l'Afrique...

Lire plus

Contacts

Newsletter

FLASH INFOS