NewAstv, plus qu'un médium, un compagnon
New AsTV: Une bonne communication grâce au professionnalisme d'une équipe
New AsTV: Vous y êtes, ne naviguez plus
New AsTV pour mieux communiquer en diplomatie
New AsTV: Savourez votre plaisir à communiquer
New AsTV: Ne vous en laissez pas compter
New AsTV: Vous êtes au cœur de l'événement
New AsTV, et la coopération bilatérale devient facteur de développement des peuples
New AsTV: Notre concept, la communication en partage
New AsTV: Partenaire au développement culturel africain

Des moustiques OGM contre le paludisme : le projet qui fait débat au Burkina


Des moustiques OGM contre le paludisme : le projet qui fait débat au Burkina
Collecte entomologique dans le village de Bana, au Burkina Faso, par les chercheurs de Target Malaria, en janvier 2017. | PHOTO: SOPHIE GARCIA/HANSLUCAS
Dans un pays échaudé par l’expérience du coton génétiquement modifié, l’expérience est diversement accueillie par la population.
 
La route qui mène au village de Sourkoudiguin est une longue piste en terre rouge d’où s’échappe, aux rares passages de véhicules, un épais nuage de poussière safrané. Ces derniers mois, le va-et-vient des pick-up de scientifiques s’est accéléré dans cette bourgade située à une vingtaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso. Sourkoudiguin, un village de plusieurs centaines d’habitants, est devenu en 2012 le lieu d’expérimentation du projet Target Malaria. L’objectif : lâcher 10 000 moustiques génétiquement modifiés dans plusieurs villages de la région pour lutter contre le paludisme, première cause de mortalité dans le pays.
 
L’étude, menée par un consortium de chercheurs africains et européens, est financée par la Fondation Bill & Melinda Gates (partenaire du Monde Afrique) à hauteur de 70 millions de dollars (environ 60 millions d’euros). Le docteur Abdoulaye Diabaté, porteur principal du projet, explique : « Ces moustiques génétiquement modifiés sont des mâles stériles. Lorsqu’ils s’accoupleront avec les femelles sauvages, les œufs n’arriveront pas à maturité, donc il n’y aura pas de progéniture. »
 
Le lâcher de ces Anopheles gambiae, une des espèces responsables du paludisme en Afrique, devrait être la première étape de l’étude, avant le test d’une technologie plus complexe, le forçage génétique, mise au point au début des années 2000 par l’Imperial College à Londres. L’idée est de forcer les lois de l’hérédité, de sorte que l’accouplement des moustiques génétiquement modifiés avec les femelles sauvages ne produise que des mâles. « Le gène masculin modifié se transmettra de génération en génération », poursuit Abdoulaye Diabaté, qui estime qu’il faudra « environ 20 descendances d’insectes, soit moins de deux ans », pour avoir un impact massif et « sauver des millions de vies ».
 
Formulaire de « consentement éclairé »
 
La lutte contre le paludisme, Abdoulaye Diabaté en a fait un combat personnel. « Je viens de la province de Kénédougou, où les moustiques sévissent. Toute ma famille a été touchée par la maladie, mes enfants aussi », confie l’entomologiste médical derrière son bureau de l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) de Bobo-Dioulasso, qui pilote le projet.
 
Chaque année, le paludisme continue de faire près de 440 000 victimes dans le monde. Au Burkina Faso, 9,8 millions de cas ont été enregistrés en 2016, entraînant 4 000 décès. Si les moustiquaires imprégnées, les antipaludiques et les insecticides restent les seuls moyens de prévention, ces outils trouvent aujourd’hui leurs limites. « Les méthodes conventionnelles ne parviennent plus à tuer les moustiques, qui deviennent de plus en plus résistants à ces traitements. La maladie stagne en Afrique de l’Ouest et progresse même dans certaines zones. Il fallait trouver des outils alternatifs », souligne M. Diabaté, qui a travaillé sur la question des résistances comme chercheur associé à l’Institut national de la santé américain (NIH).
 
Mais dans les villages, faire comprendre le concept de ces moustiques OGM aux habitants, dont certains sont analphabètes ou ne parlent pas français, reste un exercice difficile. « L’engagement des communautés est un aspect très important pour Target Malaria. Nous sommes conscients qu’il est difficile de leur expliquer notre étude, nous leur avons présenté toutes les étapes du projet avec un traducteur et nous travaillons dans la transparence avec eux », assure Léa Paré, responsable de « l’engagement avec les parties prenantes » au sein du projet.
 
Avant de commencer les collectes entomologiques, les villageois ont ainsi rempli un formulaire de « consentement éclairé ». Certains ont également pu visiter le laboratoire où sont secrètement gardés les moustiques génétiquement modifiés importés d’Italie, dans le centre-ville de Bobo-Dioulasso. Une volonté de dialogue et de transparence revendiquée, qui contraste pourtant avec la réalité sur le terrain.
 
« Comment traduit-on OGM en dioula ? »
 
A Pala, l’un des trois villages d’expérimentation, les populations préfèrent rester discrètes lorsqu’on aborde le sujet Target Malaria. « Les chercheurs sont venus nous expliquer leur projet, ils nous ont montré des images. On a pu poser toutes les questions qu’on voulait mais après leur départ, de nouvelles interrogations sont venues », confie en langue dioula une habitante, qui préfère rester anonyme, avant d’ajouter : « Si j’avais su, je leur aurais demandé : “Et au cas où ça ne marcherait pas, quels sont les risques pour notre village ?” »
 
A ses côtés, une autre femme lâche : « J’ai quelques inquiétudes, oui. On se demande comment ils pourront capturer les moustiques modifiés une fois lâchés s’il y a un problème. Mais ils nous ont assuré qu’ils pourront les reconnaître. De toute façon, on n’a pas notre mot à dire, ce sont les hommes qui prennent les décisions ici. »
 
« Comment voulez-vous traduire OGM en dioula ? », pointe de son côté Omar Karambiri, enseignant à l’école primaire de Sourkoudiguin : « La manière dont ils sont venus nous expliquer l’étude m’a laissé perplexe. C’est un sujet que nous ne maîtrisons pas, je pense que les habitants ne comprennent pas tout, on leur a dit que c’est pour éradiquer le paludisme, alors ils se sont jetés la tête la première dans le projet. »
 
A Sourkoudiguin, assis à côté de son champ de gombo, Soungalo Traoré, le président du conseil des villageois pour le développement, préfère rester optimiste : « J’étais inquiet au début, mais j’ai confiance maintenant. Ils m’ont montré leur laboratoire. Je crois que le plus important est de chercher des moyens pour lutter contre le paludisme, car nos maisons sont très touchées ici. S’ils trouvent une solution contre la maladie, notre village sera un exemple pour le monde », estime l’agriculteur, soucieux pour la santé de ses six enfants.
 
Plus d’un millier de manifestants
 
« Moustiques génétiquement modifiés », « forçage génétique », « insectes auto-limitatifs »… Certains termes ressemblent à des appels à la mobilisation pour des militants écologistes. Le 2 juin, le Collectif citoyen pour l’agroécologie a ainsi organisé une marche à Ouagadougou pour dénoncer le projet Target Malaria. Plus d’un millier de personnes ont défilé dans les rues, paniers de fruits et légumes sur la tête pour certains, banderoles « Non aux OGM » pour d’autres.
 
Le porte-parole du collectif, Ali Tapsoba, qui a remis un mémorandum au ministère de l’agriculture ce jour-là, s’interroge : « Qu’est-ce qui prouve qu’en modifiant le gène de l’insecte, on ne va pas créer des mutants qui transmettront d’autres maladies ? Ensuite il y a la question écologique : en réduisant cette espèce, on risque de créer un vide écologique et déséquilibrer la chaîne alimentaire. Il y a beaucoup de doutes, nous ne pouvons pas accepter d’être utilisés comme des cobayes. »
 
Blandine Sankara, coordinatrice de la manifestation et figure de la lutte anti-OGM dans un pays qui a déjà connu l’expérience ratée du coton génétiquement modifié de Monsanto, abonde : « Nous allons vers l’inconnu. Les Burkinabés sont mal informés, ils sont surpris quand on leur parle de ces moustiques modifiés. Il n’y a pas eu assez de vulgarisation ni de sensibilisation autour du projet. » Du côté de Target Malaria, on dit « entendre les préoccupations des opposants » : « S’ils demandent à nous rencontrer, nous sommes ouverts à la discussion », indique Léa Paré.
 
Il s’agira également de convaincre l’Agence nationale de biosécurité (ANB), qui doit décider « dans les semaines à venir » si elle donne son autorisation pour le lâcher de moustiques génétiquement modifiés. « Nous évaluons les menaces potentielles pour l’environnement et la santé humaine et animale. Il n’existe pas de risque zéro, il faut qu’il y ait des moyens de gestion prévus en cas de problème. Dans le cas contraire, nous ne donnerons pas l’autorisation », explique Oumar Traoré, le directeur du laboratoire de l’ANB. Dernière condition : il faudra consulter les habitants des villages, qui devront donner un avis « éclairé » sur le projet de dissémination des insectes. La tâche s’annonce ardue.

 Commentaires

LIRE AUSSI...

Elections en RDC: nouvelle concertation, pas de consensus

Elections en RDC: nouvelle concertation, pas de consensus
Ven 12 Oct 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Politique

La "machine à voter" et le fichier électoral, deux écueils à deux mois et demi des élections en République démocratique du Congo, ont nourri mercredi une nouvelle réunion entre la commission électorale et les candidats à... Lire la suite >

Un jeune milliardaire enlevé

Un jeune milliardaire enlevé
Ven 12 Oct 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Autres Actus

L'homme considéré comme le plus jeune milliardaire du continent africain, le businessman tanzanien Mohammed Dewji, a été enlevé jeudi par des hommes armés à Dar es Salaam, ont indiqué des sources officielles.   Dirigeant à... Lire la suite >

Présidentielle au Cameroun : plusieurs partis d’opposition dénoncent des « fraudes »

Présidentielle au Cameroun : plusieurs partis d’opposition dénoncent des « fraudes »
Mer 10 Oct 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Politique

Après la surprise causée par l’annonce de Maurice Kamto de sa victoire le lendemain du scrutin, des candidats font le décompte d’« anomalies » et préparent des recours.   Ce ne sont que quelques phrases, mais elles pourraient changer... Lire la suite >

Les Burkinabés de plus en plus inquiets face aux attaques récurrentes aux confins du pays

Les Burkinabés de plus en plus inquiets face aux attaques récurrentes aux confins du pays
Mer 10 Oct 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

En deux semaines, une vingtaine de membres des forces de sécurité ont été tués dans le nord et l’est du Burkina Faso.   Samedi 6 octobre, Ouagadougou bruissait de rumeurs sur la mort d’un soldat de la force « Barkhane » dans ... Lire la suite >

Mali : quand les serviteurs de la justice se rebiffent

Mali : quand les serviteurs de la justice se rebiffent
Ven 05 Oct 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

REPORTAGE. Face au manque de moyens qui va jusqu'à menacer leur sécurité, les magistrats maliens ont décidé de répliquer en réclamant l'application des accords signés avec le gouvernement. Plus que jamais, la situation est grave.   Depuis... Lire la suite >

« La faiblesse du dossier contre Laurent Gbagbo a fait un tort considérable à la crédibilité de la CPI »

« La faiblesse du dossier contre Laurent Gbagbo a fait un tort considérable à la crédibilité de la CPI »
Ven 05 Oct 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

Pour notre chroniqueur, le bureau du procureur de la Cour pénale internationale a échoué à convaincre de la culpabilité de l’ex-président ivoirien, dont le procès reprend.   Chronique. Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo était... Lire la suite >

Mali - Nord : là où insécurité et terrorisme rôdent

Mali - Nord : là où insécurité et terrorisme rôdent
Sam 29 Sep 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Politique

Une nouvelle flambée de violences a fait 35 morts en une semaine. La France a largué 120 parachutistes de Barkhane pour accompagner l'action des autres forces sur le terrain.   Le décompte a été rendu public par le ministère de la Sécurité... Lire la suite >

Neuf ans après le massacre du 28 septembre à Conakry, « il faut mettre fin à l’impunité totale »

Neuf ans après le massacre du 28 septembre à Conakry, « il faut mettre fin à l’impunité totale »
Sam 29 Sep 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Politique

Des organisations guinéennes et internationales de défense des droits humains appellent à l’organisation du procès sans délai.   Tribune. Personne n’a encore été jugé en Guinée pour le massacre du Stade du 28-Septembre... Lire la suite >

« La dette n’est pas un problème chinois, c’est un problème africain »

« La dette n’est pas un problème chinois, c’est un problème africain »
Ven 28 Sep 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Politique

Pour Jean-Louis Billon, ancien ministre du commerce de Côte d’Ivoire, « le vrai sujet n’est pas le niveau de la dette mais sa soutenabilité ».   Tribune. Comment souvent lorsque l’on parle de la Chine en Afrique, les clichés, les raccourcis... Lire la suite >

Cameroun : une filiale du groupe Bolloré condamnée dans une catastrophe ferroviaire

Cameroun : une filiale du groupe Bolloré condamnée dans une catastrophe ferroviaire
Ven 28 Sep 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

Camerail et onze actuels et anciens employés sont reconnus coupables d’« homicide involontaire » dans la catastrophe d’Eseka, qui avait fait 79 morts en 2016.     Il est 11 h 38, mercredi 26 septembre au tribunal de première instance d’Eseka,... Lire la suite >

Nigeria: répétition générale de l'élection présidentielle au rythme de l'afropop

Nigeria: répétition générale de l'élection présidentielle au rythme de l'afropop
Lun 24 Sep 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Politique

Star multimillionnaire de l'afropop, célébré à travers l'Afrique, le Nigérian Davido a retiré son costume de scène pour enfiler celui de militant politique, afin d'apporter son soutien à son oncle, que ses millions de fans pourraient... Lire la suite >

Pour la réforme foncière au Liberia, « le plus difficile commence »

Pour la réforme foncière au Liberia, « le plus difficile commence »
Lun 24 Sep 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Politique

L’application de la nouvelle loi, historique, sera un défi pour l’Etat, estime Gilles Yabi, fondateur du cercle de réflexion WATHI, dans un entretien au « Monde ».   Au Liberia, la loi réformant la propriété foncière, ... Lire la suite >

Le Burkina Faso face au nouveau « front djihadiste » de l’est

Le Burkina Faso face au nouveau « front djihadiste » de l’est
Ven 21 Sep 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

Le prêtre italien enlevé au Niger aurait été emmené au Burkina voisin, où les attaques se multiplient faute de réponse sécuritaire adéquate.   L’enlèvement d’un prêtre missionnaire italien, dans la... Lire la suite >

Liberia : mais où sont passés les 100 millions de dollars destinés à la Banque centrale ?

Liberia : mais où sont passés les 100 millions de dollars destinés à la Banque centrale ?
Ven 21 Sep 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

Les billets de banque concernés étaient dans des conteneurs et des sacs. Une enquête a été ouverte à la suite de la constatation de la perte de leur trace.   Alors que le pays dirigé par George Weah a un important besoin d'argent, voilà... Lire la suite >

D'Afrique en Europe, des trafiquants de migrants incontournables

D'Afrique en Europe, des trafiquants de migrants incontournables
Mer 19 Sep 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Société

Ils escaladent des clôtures de barbelés de six mètres ou traversent la Méditerranée en bateau au péril de leur vie: 36.000 migrants sont entrés en Espagne depuis janvier, sur la route d'autres pays d'Europe. Mais leur courage n'a pas suffi,... Lire la suite >

Bill et Melinda Gates : « La priorité mondiale devrait être la réduction de la pauvreté en Afrique »

Bill et Melinda Gates : « La priorité mondiale devrait être la réduction de la pauvreté en Afrique »
Mer 19 Sep 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Economie

Pour le milliardaire américain, au-delà de la question migratoire, l'enjeu est de montrer que l'investissement dans la santé et l'éducation peut changer la trajectoire du continent.   La population africaine, la plus jeune du monde, connaît... Lire la suite >

Vidéo à ne pas rater

Côte d'Ivoire: Réjouissances populaires
Mar 29 Mai 2018 | dans: Culture d'ici et d'ailleurs

Nos Partenaires

NOUS SUIVRE

Qui Sommes-Nous?

New AsTV Le développement par la coopération   Servir de canal numérique au développement de l'Afrique par la coopération. Telle est la vision de New AsTV. De fait, nous nous sommes laissés guider par les relations que l'Afrique...

Lire plus

Contacts

Newsletter

FLASH INFOS