NewAstv, plus qu'un médium, un compagnon
New AsTV: Une bonne communication grâce au professionnalisme d'une équipe
New AsTV: Vous y êtes, ne naviguez plus
New AsTV pour mieux communiquer en diplomatie
New AsTV: Savourez votre plaisir à communiquer
New AsTV: Ne vous en laissez pas compter
New AsTV: Vous êtes au cœur de l'événement
New AsTV, et la coopération bilatérale devient facteur de développement des peuples
New AsTV: Notre concept, la communication en partage
New AsTV: Partenaire au développement culturel africain

Niger : « A Arlit, les gens boivent de l’eau contaminée par la radioactivité »


Niger : « A Arlit, les gens boivent de l’eau contaminée par la radioactivité »
A Arlit, au Niger, en 2013. | PHOTO: JOE PENNEY / REUTERS
Les gisements d’uranium exploités par Orano (ex-Areva) empoisonnent la population, explique Amina Weira, auteure d’un documentaire sur le sujet.
 
C’était un campement touareg balayé par des rafales de simoun saharien. C’est aujourd’hui une ville qui porte la marque de son développement comme de sa décadence. A Arlit, dans le nord du Niger, l’uranium a nourri des espoirs depuis que le groupe français Areva (renommé Orano en janvier) a commencé à en exploiter les gisements dans les années 1970. Nomades et travailleurs venaient nombreux dans cette région aride remplir la cité ouvrière que l’on appelait alors « le second Paris ». Aucun ne se doutait du danger invisible de la radioactivité.
 
Quarante ans plus tard, le Niger est devenu le deuxième fournisseur d’uranium d’Areva, mais l’exploitation des mines de la Cominak et de la Somaïr a contaminé la population dans ses activités quotidiennes. C’est dans les rues ensablées de son enfance qu’Amina Weira, réalisatrice nigérienne de 29 ans, a posé sa caméra face aux anciens qui ont vécu les débuts de l’exploitation minière. Dans ce film intitulé La Colère dans le vent et présenté à Dakar dans le cadre du festival Films Femmes Afrique, elle montre la menace invisible qui plane sur Arlit. Entretien.
 
Dans votre film, le protagoniste principal est votre père. Vous visitez vos proches et contez la ville de votre enfance. Pourquoi avoir choisi ce cadre intimiste ?
 
Amina Weira Parce que la mine a toujours fait partie de nos vies. Mon père y travaillait comme électricien. Quand mes sœurs et moi le voyions partir au travail, on imaginait qu’il allait dans un bureau. La mine, on la voyait de loin, jusqu’à ce qu’en 2010 on visite son lieu de travail et qu’on se rende compte qu’il descendait dans ce grand trou. J’ai alors décidé de faire un film à ce sujet. J’ai rapidement compris, après des recherches, que derrière cette activité se cachait autre chose de moins visible : l’irradiation. J’ai donc dirigé mon film sur l’aspect sanitaire.
 
Comment vous êtes-vous rendu compte de l’impact de la mine sur la santé des habitants ?
 
Quand j’étais petite déjà, la mère d’un de mes camarades avait des problèmes de santé à chaque fois qu’elle venait à Arlit. Il fallait l’évacuer à Niamey, à plus de mille kilomètres, pour la soigner. Je ne comprenais pas pourquoi elle ne pouvait pas vivre ici. Plus tard, quand j’ai voulu faire le film, j’ai questionné des scientifiques et des médecins sur les dangers de l’activité minière. À Arlit, il y a beaucoup de problèmes de santé. Difficultés respiratoires, cancers, femmes qui accouchent d’enfants mal formés… Petits, on voyait tout ça, mais on ne faisait pas le lien. Les gens avaient l’habitude de dire, comme souvent en Afrique, « c’est son destin, c’est Dieu qui lui a donné un enfant comme ça ». Ce sont surtout les retraités de la mine qui sont touchés. Beaucoup meurent de paralysies et de maladies étranges.
 
Dans le documentaire, vous montrez cette poussière radioactive, l’eau empoisonnée, les maisons construites avec la terre des mines, la nourriture contaminée, le bétail qui meurt…
 
Je voulais faire ressortir la vie quotidienne, montrer toutes les activités de la ville. On voit la fabrication des marmites : les gens récupèrent la ferraille de la mine, la fondent et la transforment en ustensiles de cuisine qu’ils vendent à la population ou exportent au Nigeria. Ils ne mesurent pas le danger de cette activité. Lorsqu’ils fondent le fer, la radioactivité se libère. C’est là qu’Areva doit intervenir, en empêchant la population de récupérer cette ferraille contaminée.
 
Des maisons doivent même être détruites car les murs d’argile contiennent de la radioactivité.
 
Il faut comprendre qu’au début, Arlit était un campement, une cité de mineurs, puis les gens sont venus s’installer, espérant tirer profit de cette activité. Aujourd’hui, il y a près de 150 000 habitants, dont environ 4 000 travailleurs de la mine. Areva a créé cette ville de toutes pièces. Il fallait que les travailleurs aient toutes les conditions possibles pour rester. Ils avaient des enfants, il a fallu des écoles. Ils étaient malades, il a fallu des hôpitaux. Pour construire, les habitants ont utilisé l’argile contaminée autour d’eux. Certains quartiers sont à moins de 200 mètres de la mine. Les normes ne sont pas respectées. Et les tempêtes de sable propagent la radioactivité dans la ville.
 
On voit aussi des femmes dont le bétail meurt inexplicablement.
 
Quand on boit l’eau d’Arlit, on sent qu’elle n’est pas tout à fait potable, qu’elle est différente du reste du pays. Les femmes parlent des employés d’Areva qui ne boivent que de l’eau minérale, alors qu’elles n’ont pas les moyens. Une des mines se trouve en dessous de la nappe phréatique. Certains se font donc livrer l’eau des régions voisines. Un château d’eau vient d’être construit, mais il n’est pas suffisant pour alimenter toute la ville.
 
Vous ne présentez pas votre film comme une enquête, il n’y a pas de scientifiques ou d’organisations qui viennent appuyer vos propos. Pourquoi ?
 
Je n’ai pas voulu m’attarder sur les chiffres, mais donner la parole à la population. Trop souvent, on donne la parole aux responsables d’Areva. Mais de nombreuses organisations ont fait des recherches et des analyses sur la radioactivité de la région, comme la Criirad [Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité], Greenpeace, l’OMS [Organisation mondiale de la santé]. Les taux de radioactivité sont supérieurs au reste du pays.
 
Que reprochez-vous à Areva ?
 
Qu’ils se soient accaparé nos richesses sans prévenir les travailleurs des risques encourus. Ils ont tablé sur l’ignorance de la population pour faire du profit. Les ouvriers vivent dans une cité où ils ne paient ni l’eau, ni l’électricité, ni le loyer. Il y a un certain luxe qui permet de les conserver dans le silence, car il est difficile de cracher dans la soupe. Le Niger a un taux de chômage très élevé. Un jeune sans emploi ne va pas y penser à deux fois si on lui propose ces avantages. Il s’habitue à ce luxe et même s’il se rend compte des effets néfastes sur sa santé, il ne dira rien de peur de perdre son travail.
 
Avez-vous subi des pressions d’Areva durant le tournage ?
 
Non, pas du tout, ce sont plutôt les autorités nigériennes qui ont voulu me bloquer. J’avais obtenu des autorisations de tournage du Centre national de la cinématographie et de la mairie d’Arlit. On s’est fait arrêter deux fois, mais puisque j’étais en règle, ils m’ont laissée tranquille. Le titre du film, La Colère dans le vent, m’a beaucoup aidée. Ils ont cru que je faisais un film sur le vent, le désert, sans trop chercher à connaître le synopsis.
 
Pourquoi le film a-t-il été censuré au Niger ?
 
Par peur. Quand je propose le film à des exploitants de salles de cinéma, ils me répondent qu’ils ne veulent pas de problèmes. Ils ont peur que mes producteurs, qui font partie du milieu alternatif, soient perçus comme des opposants. J’ai diffusé mon film dans plusieurs instituts français en Afrique. Celui de Niamey voulait aussi le diffuser, mais il n’a pas reçu l’aval de l’ambassade de France.
 
Cette crainte est aussi présente dans la population ?
 
Le mot Areva fait peur. C’est un sujet tabou, sauf si c’est pour magnifier l’entreprise. Les gens ont envie de parler, mais comme le gouvernement nigérien, ils se sentent impuissants face à cette multinationale. Quand je faisais mes repérages, beaucoup de personnes me disaient que je me mettais en danger. Ici, lorsqu’on parle d’Areva, c’est comme un Dieu, il ne faut pas appeler son nom à haute voix.
 
Le film a-t-il eu du succès à l’étranger ?
 
Oui, il a fait le tour du monde depuis 2016 et a remporté une dizaine de prix. Après le Brésil et les États-Unis, j’ai été invitée au Japon. Je ne pensais pas un jour faire un film qui serait vu jusque là-bas. C’est une fierté, je me dis que mon travail a servi à quelque chose. Mais j’ai fait ce film pour mon pays d’abord et j’espère qu’un jour il pourra y être vu.
 
Vers la fin du film, un groupe de jeunes Nigériens dit : « Nous avons la richesse dans notre sous-sol, mais tout ce qu’on nous laisse, c’est la radioactivité. » Est-ce un sentiment partagé ?
 
Ces jeunes font partie d’une association dont le slogan est : « l’après-mine ». Ils se disent que l’uranium est une ressource naturelle qui s’épuisera un jour ou l’autre. A Arlit, qui n’existe que par l’uranium, si cette ressource disparaît ou si Areva décide de ne plus l’exploiter, que va-t-on devenir ? La ville va-t-elle continuer d’exister ? Si Areva s’en va aujourd’hui, le seul héritage qui leur restera, ce sont ces déchets radioactifs. Il faut prévoir cet « après-mine » maintenant. Il faut se préparer à ça.
 
 

 Commentaires

LIRE AUSSI...

« L’Afrique doit prendre sa part de responsabilité dans la lutte contre le changement climatique »

« L’Afrique doit prendre sa part de responsabilité dans la lutte contre le changement climatique »
Lun 17 Déc 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Société

LE GRAND ENTRETIEN. Pour l’expert du GIEC Arona Diedhiou, le continent n’est pas seulement victime de la hausse mondiale des émissions de gaz à effet de serre, mais y contribue.     Arona Diedhiou a participé en tant qu’auteur principal... Lire la suite >

Un ancien ministre béninois arrêté en Espagne

Un ancien ministre béninois arrêté en Espagne
Lun 17 Déc 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Autres Actus

Komi Koutché, ancien ministre d'Etat du Bénin en charge des finances sous le président Boni Yayi, a été interpellé vendredi soir par la police espagnole, a-t-on appris dimanche auprès de ses proches.   "Il a été ... Lire la suite >

Au Togo, une campagne électorale à nouveau sous tension

Au Togo, une campagne électorale à nouveau sous tension
Ven 14 Déc 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

En toile de fond des législatives du 20 décembre boycottées par l’opposition, apparaît la présidentielle de 2020 et la question de la possibilité du chef de l’Etat de se représenter.   Au Togo, depuis plus de cinquante ans se... Lire la suite >

Coopération avec l'Afrique : l'administration Trump serre la vis

Coopération avec l'Afrique : l'administration Trump serre la vis
Ven 14 Déc 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Economie

Dans leur logique de contenir tous les multilatéralismes, les États-Unis viennent, par la voix de John Bolton, d'exprimer leur volonté d'opérer des coupes dans leur participation aux missions de paix de l'ONU mais aussi aux différentes aides dont bénéficiait... Lire la suite >

De Reims à Conakry, le retour forcé et les rêves avortés de Mouminy

De Reims à Conakry, le retour forcé et les rêves avortés de Mouminy
Mar 11 Déc 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Société

Alors qu’un pacte migratoire vient d’être adopté à Marrakech, ce jeune homme, arrivé en France à 16 ans, a été expulsé en Guinée et contraint d’interrompre ses études.   Du paysage qui défile... Lire la suite >

Ghana : ce projet de cathédrale qui met à mal la laïcité

Ghana : ce projet de cathédrale qui met à mal la laïcité
Mar 11 Déc 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

L'annonce de la construction d'une cathédrale nationale avait été faite en 2017 lors du 60e anniversaire de l'indépendance. Un an après, l'imbrication entre pouvoir et religion suscite la polémique.   La symbolique est forte. ... Lire la suite >

Sénégal : un second tour à prévoir pour la présidentielle ?

Sénégal : un second tour à prévoir pour la présidentielle ?
Jeu 06 Déc 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Politique

Sur la base d'un sondage de l'institut Stat Info publié lundi 3 décembre, tout n'est pas encore gagné pour un K.-O. en faveur de Macky Sall, qui fait pourtant la course en tête.   Après avoir investi son candidat en grande pompe, samedi 1er... Lire la suite >

Les « gilets jaunes » vus d’Afrique : entre humour, craintes et espoirs

Les « gilets jaunes » vus d’Afrique : entre humour, craintes et espoirs
Jeu 06 Déc 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

Sur un continent habitué aux mouvements de colère comme aux ingérences françaises, les internautes observent les événements avec une pointe de dérision.   Dakar, Bamako, Tunis ou Abidjan… Les images de la France insurgée ... Lire la suite >

Tchad - Idriss Déby en Israël : les vraies raisons d'un voyage inattendu

Tchad - Idriss Déby en Israël : les vraies raisons d'un voyage inattendu
Mar 04 Déc 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

ANALYSE. Qu'est-ce qui a bien pu conduire le président tchadien à effectuer sa visite en Israël alors que son pays soutient la cause palestinienne ? Éléments de réponse.   Le voyage du président tchadien en Israël, qualifié... Lire la suite >

Nigeria/corruption: demande de mandat d'arrêt contre une ex-ministre du Pétrole

Nigeria/corruption: demande de mandat d'arrêt contre une ex-ministre du Pétrole
Mar 04 Déc 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Autres Actus

L'agence anti-corruption du Nigeria va lancer un mandat d'arrêt contre l'ex-ministre du Pétrole Diezani Alison-Madueke, actuellement poursuivie au Royaume-Uni, afin qu'elle soit jugée dans son pays pour le détournement présumé de millions de... Lire la suite >

Un an après le discours de Macron à Ouagadougou, la politique africaine de la France a-t-elle changé ?

Un an après le discours de Macron à Ouagadougou, la politique africaine de la France a-t-elle changé ?
Jeu 29 Nov 2018 | Source : lemonde.fr ... | dans Autres Actus

Sécurité, aide, migrations, réconciliation des mémoires… passage en revue des mesures prises par le président après ses promesses du 28 novembre 2017.   Ce fut une séquence risquée, dans « un amphithéâtre... Lire la suite >

La banque russe VTB prête par "erreur" 10,5 milliards d'euros

La banque russe VTB prête par
Jeu 29 Nov 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Economie

Le deuxième groupe bancaire russe, VTB, a attribué par erreur un prêt de plus de 800 milliards de roubles (10,5 milliards d'euros) à la Centrafrique, a fait savoir la banque en réponse aux révélations de plusieurs médias.   "Il... Lire la suite >

Éthiopie : une ancienne opposante à la tête de la Commission électorale

Éthiopie : une ancienne opposante à la tête de la Commission électorale
Sam 24 Nov 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Politique

La vague de féminisation du pouvoir éthiopien se poursuit avec la nomination de Birtukan Mideksa à la tête de la Commission électorale. Elle est attendue dans la préparation des prochaines élections en 2020.   Figure charismatique de l'opposition... Lire la suite >

RD Congo - Alain Shekomba : « On s'achemine vers des élections qui ne régleront pas la crise de légitimité »

RD Congo - Alain Shekomba : « On s'achemine vers des élections qui ne régleront pas la crise de légitimité »
Sam 24 Nov 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Politique

ENTRETIEN. La campagne électorale a officiellement débuté ce jeudi 22 novembre dans un climat de division et de tension autour de la machine à voter. Alain Shekomba s'est confié au Point Afrique sur cette question loin d'être réglée.   Le... Lire la suite >

Elections en RDC: le dauphin de Kabila, Ramazani, présente son programme

Elections en RDC: le dauphin de Kabila, Ramazani, présente son programme
Mer 21 Nov 2018 | Source : slateafrique.com ... | dans Politique

Le candidat du président sortant de la RDC Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, a promis lundi 86 milliards de dollars pour le développement du pays sur cinq ans, en présentant son programme pour l'élection présidentielle prévue le 23 décembre.   "Moi... Lire la suite >

Étudiants africains en France : ce qui va changer

Étudiants africains en France : ce qui va changer
Mer 21 Nov 2018 | Source : afrique.lepoint.fr ... | dans Autres Actus

Hausse des frais d'inscription, bourses, visas facilités... Le gouvernement français veut attirer toujours plus d'étudiants étrangers, mais change de paradigme.   Édouard Philippe, le Premier ministre français, a beau citer Alain Mabanckou,... Lire la suite >

Vidéo à ne pas rater

Côte d'Ivoire: Réjouissances populaires
Mar 29 Mai 2018 | dans: Culture d'ici et d'ailleurs

Nos Partenaires

NOUS SUIVRE

Qui Sommes-Nous?

New AsTV Le développement par la coopération   Servir de canal numérique au développement de l'Afrique par la coopération. Telle est la vision de New AsTV. De fait, nous nous sommes laissés guider par les relations que l'Afrique...

Lire plus

Contacts

Newsletter

FLASH INFOS